J’ai voulu réaliser une œuvre qui convienne à tous les différents courants de pensée, c’est pourquoi je n’ai pas opté pour du figuratif pour m’attacher plutôt à travers des symboles simples à mettre en évidence les liens analogiques qui me semble exister entre l’arbre et l’esprit humain.
 
Une souche d’olivier suspendue au-dessus d’un socle en béton qui la sépare de la terre nourricière représente l’âme déracinée ( association entre la racine, l’âme et la symbolique de l’olivier).
 
Les deux arbres de chaque côté sont le devenir et l’espoir des générations futures. Il s’agit d’un chêne rouge et d’un cèdre du Liban qui, lui, reste très vert. Ils sont de familles différentes (feuillus et conifère) et de couleurs complémentaires. Ils manifestent l’existence de deux pôles vitaux opposés mais unis.
 
J’associe à ces éléments organiques des éléments froids tel que le béton et le fer.
 
Une forme asymétrique en béton sortant du sol comportant un socle et deux faces latérale enserrant la racine d’olivier suspendue. Cette structure en béton gris clair symbolise l’internement. D’une finition brute de décoffrage, elle laisse apparaître en surface le relief du bois du moule, en échos visuel et sensoriel aux baraquements des camps.
 
La barre porteuse de la racine est un rail de chemin de fer, élément hautement évocateur de la déportation, qui la traverse en son cœur pour venir s’appuyer sur les parois en béton. Enfin la bande au sol qui dessine deux triangles qui regardent vers le losange central est le lien entre le développement futur de l’homme et la mémoire de la déportation. Elle est en béton blanc d’une finition polie qui est la couleur de la renaissance.
 
Le chemin de roses qui conduit de la route au mémorial nous renvoie à deux images fortes : en hiver sans la présence des fleurs, les tiges épineuses forment les barbelés qui jalonnent les chemins des camps. En été, les roses et les pétales qui jonchent le sol nous renvoient à un chemin de prières qui mène au pied du mémorial.
 
Cette installation ravive la mémoire indispensable du passé par la présence de cette racine vieille de plus d’un demi siècle, et projettera dans le futur cette même mémoire puisque les arbres plantés s’épanouiront avec le temps.

Mémorial de la Déportation - Centre Jean Moulin, Fleury Mérogis, 1999.
 

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